Numérisation des terriers aux ACV

Prédécesseurs du cadastre établi après la Révolution, les terriers ou documents fonciers médiévaux et de l’Ancien Régime constituent un apport précieux à la recherche généalogique. Aux Archives cantonales vaudoises, ils sont en principe conservés dans la section F, à l’exception de ceux qui se trouvent dans les fonds privés, voire dans quelques cas dans d’autres sous-sections, et couvrent une période allant du XIIIe siècle à 1798. A l’intention de ceux qui ne les ont jamais pratiqués, nous reprenons simplement l’introduction à la série F du Guide des Archives cantonales vaudoises, Chavannes-près-Renens, 1993, p. 47 :

«Représentative de la structure féodale de la propriété foncière, cette série est essentiellement composée de documents désignés sous le terme générique de terriers.

Les terriers (complétés par d’autres documents plus succincts appelés rentiers ou cottets) recouvrent des volumes de reconnaissances de biens prêtées par des paysans principalement, tenanciers des terres qu’ils exploitent, en faveur de leurs seigneurs-propriétaires respectifs, déclarations faites sous serment devant un notaire (nommé généralement commissaire) et enregistrées par ses soins. Ce genre de documents fut maintenu par l’administration bernoise à la suite de celle de la Savoie.

L’intérêt des terriers, que l’on appelle en Suisse romande «grosses de reconnaissances» ou «extentes», est manifeste au point de vue de la généalogie, de la démographie historique et de l’histoire de la condition des personnes, qu’elles soient libres ou non libres, de la fiscalité (redevances et charges féodales) et de la toponymie.

Pour pallier aux difficultés issues du morcellement des propriétés, les reconnaissances contenues dans les terriers furent accompagnées dès la fin du XVIIe siècle de plans visuels (levés à vue) puis géométriques (levés par arpentage), regroupés dans la série GB. Terriers et plans constituent l’embryon de ce que les gouvernants de l’Helvétique nommeront le cadastre.»

Les reconnaissances portent souvent sur des biens possédés par plusieurs générations consécutives, parfois énumérées jusqu’à cinq d’entre elles… En outre, les commissaires procédaient à une rénovation environ une fois par génération : un arbre peut ainsi être reconstitué au moins partiellement quand on dispose d’une succession de terriers. Il faut relever aussi que ceux-ci formaient les éléments de base pour la confirmation des droits féodaux : c’est pourquoi les Bourla-Papey s’intéressèrent tout particulièrement à eux et en brûlèrent un grand nombre en 1802. Certaines régions souffrent donc de lacunes importantes.

On voit tout de suite l’intérêt que les généalogistes peuvent leur porter. C’est la raison pour laquelle l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours ou Mormons, toujours à l’affût de sources généalogiques à reproduire, a manifesté son intérêt à diverses reprises, d’abord pour un microfilmage, puis dès décembre 2006 pour une numérisation. Un examen préliminaire a révélé l’ampleur du travail : les Archives cantonales conservent plus 4300 documents (registres, cahiers, rouleaux…) en latin et en français, qui nécessitent pour une bonne part des connaissances paléographiques et dont le nombre de prises de vue a été estimé à 1 600 000, chacune étant établie page à page. Une convention réglant les différents points du projet a été signée le 23 juin 2008 entre la Société généalogique d’Utah et les Archives cantonales vaudoises. Après un contrôle de la qualité des images numériques, il sera procédé à la réalisation d’un index en partenariat de la Genealogical Society of Utah avec les cercles de généalogie intéressés. Le résultat de cette opération sera logé en Utah, avec la livraison d’un exemplaire de l’index aux Archives cantonales et la diffusion des images sur Internet en accès libre.

La prise de vue se fera aux Archives cantonales. Au préalable, il convient de prendre les dispositions nécessaires, notamment en ce qui concerne l’identification des images. Certains volumes sont foliotés, d’autres paginés, d’autres encore sans numérotation, laquelle quand elle existe peut être en chiffres romains. Il s’agit d’une part de convertir ces derniers en chiffres arabes et d’une autre de paginer les versos et les registres dépourvus de numérotation. Ce travail a été entamé par des volontaires membres de cette Eglise sur un premier lot de documents devant servir de test : pour une raison d’unité de lieu et parce qu’il compte un nombre suffisant de terriers, c’est le Pays-d’Enhaut qui a été choisi. Après le contrôle des prises de vue viendra le tour de l’indexation, une opération fondamentale qui permettra de retrouver aisément les individus concernés. L’opération proprement dite doit démarrer prochainement, la numérisation débutant en mars 2009, précédant l’indexation de quelques semaines.

En raison de l’importance du projet, les Mormons souhaitent une collaboration avec des personnes intéressées. Ils ont donc approché le Cercle vaudois de généalogie. Contacté, le comité, après une séance de quelques-uns de ses membres avec des représentants de la Société, MM. Jean-Pierre Massela et Thomas McGill, s’est montré vivement intéressé par cette entreprise et a donné son accord de principe pour une participation. M. Massela se propose de venir à Lausanne pour animer une séance d’information à l’intention de celles et ceux qui souhaiteraient contribuer à cette tâche ; la date et le lieu restent encore à fixer.

Il est évident que le projet est gigantesque : à notre connaissance, jamais encore une telle entreprise de numérisation et d’indexation de ce type de sources n’a été entreprise, et elle ne va pas sans soulever quelques difficultés. Par son caractère et son intérêt, elle mérite notre soutien et notre participation. Nous ne pourrons qu’en bénéficier : à son achèvement, nous aurons accès en ligne aux données conservées du XIIIe au XVIIIe siècles, compléments des registres paroissiaux incomplets ou non encore existants – une perspective fantastique ! L’indexation constitue un enrichissement indubitable de notre patrimoine en rendant accessibles des documents anciens aux personnes non initiées.

Les personnes intéressées à participer à cette aventure fascinante sont priées de s’annoncer au comité. La séance d’information sera fixée au printemps.
Pour le comité :
Pierre-Yves Favez