Revue vaudoise de généalogie et d'histoire des familles 2017

Sommaire :

  • Éditorial

  • CASSIS, Youssef, La banque familiale en Europe et en Suisse depuis deux siècles
  • RAMELET, Denis, «La banque protestante» trouve-t-elle son origine dans la Genève de Calvin ?
  • CHIARELLI, Jan, Les Chavannes de Lausanne: le parcours de deux banquiers privés au coeur du développement économique régional
  • MACH, André, ARAUJO, Pedro, Longévité des familles à la tête des banques privées suisses
  • ALLANFRANCHINI, Patrice, Un commerce entre la Hollande, Neuchâtel et l'Italie à la fin du XVIIe siècle: l'exemple de la famille Montmollin
  • BOGADI, Fabienne, L'Association de Banques Privées Suisses, lieu de concorde où des banques concurrentes deviennent alliées
  • CHRISTELLER, Laurent, Les Pictet: activités bancaires et financières d'une famille patricienne genevoise
  • FAVEZ, Pierre-Yves, Entre activités bancaires et gestion de fortune: les frères Magnenat, agent d'affaires. La maison Magnenat-Knébel à Eclepens et le bureau Magnenat-Gaillard à Beginins

Editorial

  Le Cercle à 30 ans ! Pour cet anniversaire, votre revue vous offre un troisième numéro thématique. Après les horlogers et les architectes, voici les banquiers. Leurs familles, leurs réseaux associatifs et commerciaux sont étudiés non seulement sur le territoire vaudois mais également en Suisse Romande voire à travers l’Europe. Un numéro thématique requiert de gros efforts en recherches de contribution puis en coordination. Au vu du sujet, il a très vite été nécessaire de sortir des frontières cantonales pour prospecter inévitablement sur Genève puis aussi sur Neuchâtel. Ainsi notre revue vaudoise apporte aujourd’hui sa pierre à l’édifice de l’histoire économique romande par le biais d’un choix d’approches monographiques d’individus et d’ensembles de parentés du monde bancaire. Les sept contributions que voici éclairent cinq siècles de préoccupations financières qui ont habité des familles évoluant dans l’esprit capitaliste caractéristique des sociétés occidentales.

  Ce large panorama diachronique est introduit par Cassis Youssef, professeur d’histoire économique à l’Institut Universitaire Européen de Florence. Il trace à grands traits l’évolution de la « banque privée » dans son contexte d’intense activité et de mutations propres au XIXe et XXe siècle.

  Denis Ramelet observe dans son article une forte affinité entre l’activité bancaire et le protestantisme dans le monde francophone du XVIIIe au XXe siècle. Cette « banque protestante » trouverait-elle son origine dans la théologie de Calvin, à l’instar de « l’esprit du capitalisme » selon la fameuse thèse de Max Weber ? Le père de la banque genevoise ne serait-il pas plutôt Adhémar Fabri, l’évêque qui autorisa le prêt à intérêt à Genève un siècle et demi avant la Réforme ? Voilà qui ne manquerait pas de piquant ! Et si le père de la banque protestante était en réalité Louis XIV, par la Révocation de l’Edit de Nantes ? La banque protestante trouverait alors son origine non pas à Genève, mais à Fontainebleau, où fut signé l’Edit de Révocation.

  Jan Chiarelli analyse le parcours, sur près d’un siècle, de deux représentants de la branche lausannoise de la famille Chavannes, les banquiers César Julien (1841-1914) et Ernest (1869-1947). Il souligne les nombreux liens matrimoniaux et professionnels existants entre les différents banquiers privés lausannois. En filigrane de cette histoire biographique, il met en évidence les grandes mutations que connaît alors la place bancaire lausannoise et tous les défis qui y sont liés entre la moitié du XIXe et la moitié du XXe siècle.

  André Mach et Pedro Araujo analysent la longévité des familles à la tête des banques privées suisses à travers trois exemples : les banques Pictet & Cie, Julius Bär et Sarasin. En observant la composition des associés-gérants de ces banques à travers différentes générations, ils démontrent la longévité variable de la présence des membres de la famille. Si un désengagement des familles s’observe dans la période récente pour Julius Bär et Sarasin, la banque Pictet & Cie est, en revanche, toujours au cœur de diverses stratégies entreprises par les associés-gérants pour le maintien d’un contrôle familial.

  A Neuchâtel, la famille de Montmollin appartient à l’aristocratie locale depuis le XVIIe siècle. Son plus illustre représentant, Georges de Montmollin (1628-1703), docteur en droit, a connu une carrière au service des princes de Neuchâtel en qualité de chancelier jusqu’à sa disgrâce définitive en 1693. Par mariage mais aussi grâce à ses charges, il s’est constitué une fortune immobilière et mobilière conséquente qu’il cherche après la Révocation de l’Edit de Nantes à accroître avec l’aide de ses fils, officiers au Service étranger. Il établit ainsi des relations commerciales privilégiées avec la Hollande et l’Angleterre. En s’appuyant sur les archives privées de la famille de Montmollin, Patrice Allanfranchini tente de reconstituer le réseau commercial mis alors en place entre ces régions, le Saint-Empire et Neuchâtel.

  Fabienne Bogadi aborde la constitution d’un réseau de banques privées par le biais de l’Association de Banques Privées Suisses. Elle est issue d’une longue histoire, indissociable de l’Histoire des banquiers privés suisses. Ces derniers sont nés il y a plusieurs siècles déjà, suite à l’arrivée en Suisse, au 16e siècle, des réfugiés huguenots fuyant les persécutions. Issus principalement de la noblesse et de la bourgeoisie, financièrement aisés et très bien connectés avec les artisans et marchands de toute l’Europe, ils ont été à l’origine de la naissance, puis de l’essor de la banque suisse. L’importance des banquiers privés suisses grandira encore à la faveur de la Révolution industrielle et du besoin en capitaux qui en a résulté. Ils se trouveront même à l’origine de la création des grandes banques, notamment de la SBS, qui deviendra UBS en 1998. Autre tournant, en 1934, la nouvelle loi fédérale sur les banques est adoptée. Celle-ci reconnaît le statut particulier des banquiers privés, mais elle demande aussi qu’ils collaborent plus étroitement entre eux. C’est ainsi qu’en novembre 1934 verra le jour à Berne l’Association des Banquiers Privés Suisses. Laquelle deviendra, le 14 novembre 2013, l’Association de Banques Privées Suisses, suite à la mue en sociétés anonymes de plusieurs anciens banquiers privés, dont Pictet, Lombard Odier et Mirabaud.

  Laurent Christeller présente les activités bancaires et financières des Pictet, famille patricienne genevoise, depuis les premiers négociants-banquiers du XVIIIe siècle jusqu’au développement de la banque Pictet durant la deuxième partie du XIXe siècle. Il explique que, bien que la famille n’ait pas connu durant le XVIIIe siècle de grands succès dans la banque privée naissante, certains de ses membres sont représentatifs des hommes d’affaires genevois de l’époque. Basé sur les archives du groupe Pictet et sur des archives familiales, l’article montre ensuite que la prise en main par les Pictet de l’établissement De Candolle, Turrettini & Cie en 1841 marque le début d’une véritable dynastie de banquiers, qui incarne de manière exemplaire le modèle d’affaires de la banque privée genevoise au XIXe siècle.

  Les agents d’affaires exercent une activité proche du domaine bancaire, auquel ils ajoutent la gestion domaniale. Au travers de son travail, Pierre-Yves Favez s’intéresse à deux établissements tenus par les frères Magnenat. Le premier est la maison Magnenat-Knébel à Eclépens fondée par Louis (1780-1860) en 1800, qui hérita en 1811 des dossiers Barbey, avec une extension sur Berne et Neuchâtel ; son activité, couplée à la gestion des domaines de Gingins de Chevilly, connut une expansion remarquable, concrétisée par la constitution d’un domaine important et l’édification d’une maison de maître, mais qui se boucla par suite d’opérations frauduleuses sur une faillite retentissante en 1847, marquée par la fuite aux Etats-Unis de Charles Magnenat (1804-1866), fils du fondateur et notable vaudois. Le bureau Magnenat-Gaillard, ouvert par Isaac (1791-1846), fonctionna en vivotant à Begnins de 1816 à 1846, complétant ses revenus par l’exercice de la fonction du greffe local de la justice de paix. La généalogie qui complète cette présentation témoigne de l’importance du réseau familial et de la solidarité de ses membres, notamment par le biais de leurs parrainages et de leurs relations d’affaires (entre autres finance et développement du réseau ferroviaire naissant).

  Finalement quelques comptes-rendus de lectures ainsi que les rapports de 2015 et 2016 du Cercle vaudois de généalogie viennent clore ce numéro que nous vous souhaitons de découvrir sans retenue.

La Revue 2017 est disponible !